L'Aliénation Provençale : qu'es aquò mon fraire ?

Publié le par Agach occitan

Aquel tèxt es fondamental, remplaçatz Tolon per Frejús (83), Sant Gèli (30)... e es parier per aquelas municipalas (e meme alienacion occitana lengadociana a Besièrs (34)).
Domatge que l'analisi sigue pas mai mediatizaa (despí 1997 que l'article foguèt escrich...). 
Mas de faire virar a de monde intelligents e onèstes, en aquesta annaa especiala dal centenari de Mistral e dal chaple de 14-18 (avant amb Jaurès e après amb l'afar dal 15en Còrs).
Document trach de : http://www.p-n-o.org/alienationprov.htm

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L'Aliénation Provençale

 

Toulon, Marignane, Orange, Vitrolles. Ces quatre villes ont ceci en commun qu'elles sont provençales, donc occitanes. La forte proportion d'immigrés "franchimands" n'explique pas à elle seule qu'elles se soient dotées de Maires ultra bleu-blanc-touge. De nombreux Provençaux d'origine ou d'adoption leur ont donné leur voix. La forte proportion d'immigrés nord-africains n'explique pas non plus à elIe seule un tel choix. Que sont devenus les descendants des autonomistes marseillais autrefois unis derrière Casaulx, les descendants des Vaudois ou plus près de nous les fidèles du grand patriote provençal Frédéric Mistral. Qui les a vu et qui les voit ? Quelle déchéance, quelle aliénation ! Que s'est-il passé dans la tête de nos fiers provençaux ? Par quel processus psychologique en sont-ils venus là ?

Les partis parisiens dits "républicains" tout aussi bleu-blanc-rouge que Le Pen (on ne saurait dire à ce sujet quel est celui qui copie l'autre) essaient de nous faire croire que le vote F.N. n'est qu'une conséquence de la crise économique. 11 suffirait d'un peu plus de croissance et les choses reviendraient comme avant, aux temps heureux où l'on se partageait le gâteau entre droite et gauche. Non, nous ne sommes pas seulement en présence d'une crise économique ; l'économie provençal e malgré le chômage qui la ronge va beaucoup mieux qu'il y a trente ans, même si elle n'est pas encore ce qu'elle pourrait être. La Provence n'est plus le désert de la France. Le malaise provençal est quelque chose de bien plus grave. Nous sommes en présence d'une crise de civilisation. Le mal est d'ordre culturel. Il est psychique.

Wilhelm Reich (1) qui à été, selon nous, le plus grand des psychanalystes et celui qui a le mieux en son temps expliqué la montée du nazisme en Allemagne a émis une théorie des couches psychiques qui peut, peut-être, nous aider à comprendre ce qui se passe aujourd'hui en Provence. Il y aurait, selon lui, chez tout individu une couche psychique fondamentale, celle des instincts de vie. Le refoulement des ces instincts serait la cause de l'apparition d'une deuxième couche qu'il appelle sado-masochiste ou autrement dit forces de mort. Pour se protéger de cette seconde couche, la société en crée une troisième qui est intériorisée par la morale, la religion, l'Etat. Reich s'est limité, en bon psychanalyste qu'il était, à étudier la dimension sexuelle de l'aliénation mentale.

 

Cette grille d'analyse appliquée aux militants du F.N. serait certainement éloquente. ElIe révèlerait une profonde aliénation tant est grande chez eux la peur de l'autre. Mais laissons aux psychiatres le soin d'investir le comportement maladif des dirigeants du F.N. et de leurs émules. La carapace derrière laquelle ils se protègent ne laisse guère percer la vérité.

Les instinct de vie ne se limitent pas à la seule sexualité comme nous l'a enseigné François Fontan (2). Il y a l'ensemble des instincts socio­-économiques liés à la vie matérielle de chacun et surtout les instincts culturels qui s'expriment - à travers le langage, le propre de l'homme. Ces deux derniers sont bien sûr en interaction avec l'instinct sexuel. Il serait réducteur, comme a tendance à le faire Reich, de les ramener aux seules pulsions affectives. Chacun de ces trois instincts de vie (culturel, économie et sexuel) est autonome. Chaque provençal a donc une histoire culturelle propre irréductible à l'économique et au sexuel, et c'est cette fonction vitale liée au langage qui est malade chez nos provençaux.

Les dialectes provençaux si vivants il y a peu sont devenus un langage secret. Il n'en reste chez la plupart d'entre nous que quelques expressions, un accent, de vagues souvenirs troubadouresques. Les plus cultivés se souviennent à peine qu'il y a eu un Bellaud de la Bellaudière ou un Mistral. La Langue d'Oc en Provence a subi (me telle répression au cours de l'histoire qu'elle est devenue une langue hérétique pour ceux qui la savent encore. Nous sommes en présence d'une langue refoulée qui ne se trouve nulle part en situation de normalité.

La couche culturelle française s'est superposée à la couche culturelle provençale jusqu'à rendre cette dernière tout à fait inconsciente. L'acquisition de la langue française s'est faite dans chaque famille selon un processus typiquement sado-masochiste. Persécutions des enfants à l'école jusqu'à inculquer cette auto­persuasion que « sans le français, aucune réussite », voire aucune relation amoureuse n'est possible. Les Provençaux en sont venus jusqu'à nier l'existence même de leur langue d'origine. Les écouter, depuis les Gaulois, leurs ancêtres n'ont jamais parlé autre chose que le français. Le provençal n'est même plus langue de "vergounho", il a disparu de la conscience. Si par aliénation, nous entendons un processus étranger à la nature humaine devant lequel l'homme est en adoration et qui se retourne contre lui, le processus d'acquisition du français en Provence relève de l'aliénation type. Il n'est donc pas étonnant que cesoient des Provençaux d'origine, Alphonse Daudet et Marcel Pagnol qui aient écrit les textes les plus lus et les plus représentatifs du français. Ils ont atteint ces sommets, parce qu'ils ont déifié la langue française.

 

Cette seconde couche culturelle qui correspond à la "nation secondaire" dont parle Robert Lafont, se trouve aujourd'hui menacée dans son principe d'universalité par l'anglais et par les autres langues qui envahissent les marchés de Provence. L'italien, l'espagnol, l'arabe et surtout le berbère aux sonorités si étranges introduisent le doute. Face au multilinguisme, la couche culturelle "franchimande" acquise avec tant de mal se défend de mourir dans un vaste élan de chauvinisme culturel francophone. C'est cette réaction que captent systématiquement les leaders du F.N. en agitant frénétiquement le drapeau bleu-blanc-rouge. Le Provençal de souche ou d'adoption est ainsi devenu plus Français que les Français jusqu'à faire peur aux Français eux-mêmes tant il en est une caricature. C'est ce même processus d'aliénation que l'on rencontre chez bon nombre de dictateurs. Ce n'est pas un hasard si Franco était d'origine galicienne, Bonaparte corse, Staline géorgien et si l'apprenti dictateur Le Pen est breton.

Il n'est donc pas illusoire de s'inquiéter des menaces de barbarie qui pèsent sur la Provence. Les réponses qu'avancent les partis hexagonaux sont inefficaces parce que tout aussi bleu-blanc-rouge. La copie renvoie à l'original et le renforce. La solution est ailleurs, elle est dans un vaste changement de politique culturelle qui mettra fin à l'aliénation de la Provence par la culture française en rendant à la Langue d'Oc sa dimension de langue nationale. Mais cela ne peut se faire que grâce à ­un mouvement national populaire qui rendra aux Provençaux leur dignité nationale et si nous réalisons que les partis parisiens ne sont que des écrans de fumée. Alors seulement nous démontrerons que l'extrémisme de droite est une maladie mentale qui se soigne, qui peut et doit disparaître. Alors la jeunesse de Provence ne se retrouvera plus dans les cimetières, elle retrouvera enfin la joie de vivre : le "joy d'amour".

 

Jaume Ressairelo 19 mai de 1997 (article paru dans Lo Lugarn n° 60, 1997 pp. 16-17)

 

(1) REICH Wilhelm - « La fonction de l'orgasme » et «  Psychologie de masse du fascisme »

(2) FONTAN François - "Ethnisme, vers un nationalisme humaniste" (Lo Lugam ­Editions)

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P.S. : lo cas Catalan es tanben interessant, perqué avèm Perpinhan (Catalonha nòrd) e Barcelona que fan parlar d'elas d'un biais diferent...

D'un costat Perpinhan qu'es una part de Catalonha (Catalonha nòrd) desrasigaa per França (francizacion culturala, mediatica, escolària, eça.) que espèra se salvar de la roïna (cf. lo centre de Perpinhan arroïnat que las maisons se prefòndan de contunh) en votar mai francés que los franceses.

De l'autre, lo Principat de Catalonha que bastisse son avenir, que a fach renàisser la lenga catalana, la cultura, lo dinamisme social e comercial e que assume plenament d'èstre ce qu'es en Euròpa (faça a un Estat d'Espanha que vòl arroïnar la catalanitat coma l'Estat francés o fa al nòrd).

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