Le village est propre, "siem polits"

Publié le par Agach occitan

Entre reconversion agricoles et exode rural. Je ne pense pas qu'on puisse parler de nettoyage quelconque (culturel, économique, ethnique, etc.) mais ici nous avons cette aliénation.
C'est grave, dans les villages du moyen pays comme Mougins ("vieux village" pas les terres reconverties en lotissement du genre l'Union à Toulouse) on a le choix entre :
- restaurant (à touristes)
- galerie d'art (comme St Paul de Vence, Gourdon, Eze...)
- magasins de souvenirs : sachets de lavande avec cigale musicale...
- dortoirs de Nice, Cannes, Sophia Antipolis
- agences immoblières
- banques
 
Les villes dont on vient de parler sont des musées à ciel ouvert, c'est propre, c'est carte postale mais rien de vivant n'existe.
Ceux qui ont des origines locales ont soit le choix de construire en campagne et vivre isolés soit de rester dans les centres de villages devenus assez impersonnels. Ils vont d'ailleurs hors du village pour faire leurs courses, dans les communes où il y a de la vraie vie.
 
Dans des villages où ça vit on trouve boucher, boulanger, coiffeur, service publics... mais une grande part de la gavotine du 06 ainsi que les préalpes de Grasse est "nettoyée".

 

Dans le haut pays, à l'extrême la neige et la nature fait vivre : St Etienne de Tinée-Auron, Isola. Cependant les services publics sont touchés : hôpital local devenant maison de retraite, quelques employés de mairie, DDE, gendarmes. Les commerces vivontent : 3 > 1 boucher, le café, la supérette. Mais au milieu entre les deux, c'est des villages vides ou de retraités, et à part des habitations plus rien.

 

Dans ce côté négatif, ce n'est pas si dramatique dans le sens où l'exode rural a touché aussi d'autres régions du nord de la France. Des villages en Lorraine où tout est mort, les maisons de LA rue (principale, la nationale ou départementale) tombent en ruine, c'est assez pitoyable comme spectacle. Elles sont parfois reconverties en granges par les derniers "gros" exploitants (100 hectares). Les autres sont abattues ça fait un village en "dentitions chicots". Les jeunes travaillent dans les villes régionales (Nancy), dans des régions plus dynamiques (Alsace, Luxembourg, Bourgogne) ou font des métiers style camionneurs. Peu arrivent à vivre du bois, de l'agriculture...


Cependant, le lien avec la terre existe pour certains qui ont gardé un attachement (aujourd'hui résidence secondaire) avec la maison de leur enfance, parents, grands-parents (style Pagnol mais pas aussi caricatural).
C'est une sorte de double culture. Beaucoup de gens retrouvent d'ailleurs le lien avec l'occitan par les noms de leurs maisons "sybmoliquement" écrits en + ou moins bien en occitan : "L'Oustal", "La maizounnètto", "lou pichin paradou" (le petit pressoir mais pour eux : le petit paradis, lo pichin parais), etc.

 

A mon avis " l'occitanisme des champs " (sans aspect péjoratif) est basé sur d'autres concepts que l'occitanisme des villes (Toulouse, Marseille...). Ceux qui sont occitanistes sont peut-être plus idéologisés (ouverture linguistique, altermondialisme, écologie, autre mode de vie, renaissance d'une culture opprimée) que ceux des campagnes où le sentiment de la langue semble être plus évident donc soit plus diglossique (français supérieur) soit naturel (ce qui devient rare). QUelqu'un disait : la courbe des locuteurs naturels descend, celle des occitanistes monte. La prise en compte de ce qui a disparu apparaît quand cela n'existe plus. Même phénomène que celui de la mort. Tu te dis, merde avant de mourir j'aurais voulu demander ça à untel...

Le phénomène d'urbanisation est toujours en cours dans le monde et je crois qu'aujourd'hui  la population mondiale est majoritairement urbaine alors qu'il y a 50 ans c'était encore l'inverse.
 
En Italie, dans la région de Ligurie, des villages limitrophes de la France comme Airole où des hameaux comme Fanghetto (com. d'Olivetta) ont étés vidangés humainement.

Le maire d'Airole (vallée de la roya côté italien) est italien mais il y a 120 nationalités sur la commune très petite à côté de Vintimille. On créé des nouvelles traditions pour unir tout cela : "la festa de la bièra", "la fête des scooters vespa"... Le restaurateur est niçois, le musée local est tenu par 1 allemand. Quelques anciens restent et c'est un mix assez surprennant. SInon ceux qui travaillent vont à Vintimille.


Un hameau par exemple, le hameau de Fanghetto (basse vallée de la Roja) est "retappé nickel" par une multitude de nationalités. Les plaques des voitures sont NL, D, F. Le hameau est nickel mais il est mort. C'est sûr que ça change de la Lorraine.

Le tout c'est que les personnes se sentent une "valeur ajoutée" plus qu'une pièce rapportée à mon avis.
Dans les villages où tu n'es pas intégré, tu es "l'estrangièr de servici", ça aussi c'est bof. C'est une réaction qui existe quand la communauté villageoise est encore assez forte par rapport aux nouveaux. Un truc à vivre un peu "couillon". Dans le département du Var, sur la côte tu as des "cht'is du Var" par exemple. Pourquoi pas ?

Peut-on parler de petits ghettos ? Cela me semble être un exemple que l'intégration dans la région n'est pas réussie. En même temps, où les nouveaux arrivants dans une région occitane peuvent-ils s'adresser pour découvrir la culture ? A part la nourriture et une couche superficielle de folklore, il y a peu de lieux où la culture occitane est présente au grand public.   

 

Dans la partie vivaroalpine, les "festins" (fête communale) sont parfois des lieux de vie de l'occitanité : groupes occitans, chapeaux avec cocarde aux couleurs du village... la fête de la branda (eau de vie)...

 

Dans les villages nettoyés c'est souvent des nouveaux qui prennent logiquement en main la mairie, etc. Les endroits où ça n'existe plus, tu as la fête médiévale, la fête des voisins, festival du jazz, de la guitarre, du pipo. Une nouvelle dynamique s'instaure, souvent électoraliste : fête de la choucroute, fête portugaise, fête bretonnne, fête des Caraïbes...

Assez largement, les maires les plus zélés ne jurent que par les fêtes nationales les plus médiatisées, 1914-18, 1939-45, bal du 14 juillet.

Dans les communes en manque de ça, qui ont perdu leurs fêtes, tu as des fête de la chataigne, concours de pan bagnat, de boules.

 

Dans les grandes villes c'est différent. A Nice ils ont réussi a redynamiser des vieilles fêtes : Festin dau Puòrt, Festa de la Sant Peire (pêcheurs). Dans ces trucs là minoritairement il y a du public sensible à l'occitan. Le travail de présence occitane y est un travail de fourmi.

 

Nota : le plan Rueff sous de Gaulle cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Comit%C3%A9_Rueff-Armand
 
« La mission confiée à Jacques Rueff et à Louis Armand était de réfléchir et de rendre avis et propositions sur « la suppression des obstacles à l'expansion économique[1]. »
Le comité remit son rapport au premier ministre Michel Debré le 21 juillet 1960[2].
 
cf. http://web.me.com/paillard1/Plozevet_Archives_Corpus/13_Hist._Quel_devenir_pour_lagriculture_et_les_paysans_.html :
 
En 1958, le rapport Rueff-Armand avait dressé un portrait désastreux de l’état de l’agriculture française (structures parcellaires jugées archaïques, coûts de production trop élevés, retard dans la mécanisation et des pratiques culturales). Deux lois d’orientations agricoles (1960, 1962) engagent la restructuration fondamentale et rapide du secteur agricole. L’exode rural, le départ des vieux exploitants sont encouragés. Des unités minimums viables sont définies. On favorise les formes d’exploitations en commun (GAEC, groupement agricole d’exploitation en commun ; CUMA, coopérative d’utilisation du matériel agricole). Des bouleversements qui provoquent, incertitudes, malaises, et mouvements sociaux (dont la fameuse prise de la sous-préfecture de Morlaix). On comprend les inquiétudes du monde politico-administratif et leur demande d’expertise.
Or, à l’époque, les études sur le monde rural sont encore balbutiantes : la sociologie rurale ne faisant que s’instituer, bien qu’en rapide développement. En ce début des années soixante, le Groupe de sociologie rurale, créé par Henri Lefebvre et Henri Mendras en 1950, se renforce. Alors qu’il ne comptait que ces deux chercheurs à l’origine, quinze années plus tard, vingt-cinq chercheurs (titulaires et contractuels) y sont rattachés.

Publié dans Reflexion

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